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Les plantes couvre-sols exotiques envahissantes

24/4/2026

 
Imaginez la scène : l’entièreté du sol dans le sous-bois est recouverte d’une seule et même espèce de plante ornementale. Catastrophe! L’ail des bois et les beaux trilles qui pousseraient normalement au printemps sont étouffés par un véritable filet vivant, une compétition féroce qui ne laisse aucune chance à la végétation naturelle de s’épanouir. Tout ça, parce qu’on a jeté quelques mauvaises herbes à l’orée du bois après une session de jardinage…
 
C’est la triste réalité de nombre de forêts bordant des terrains résidentiels ou de villégiature. Dans aucun cas n’a-t-on vu de mauvaises intentions des jardiniers; c’est plutôt une ignorance innocente qui peut avoir des conséquences sur la biodiversité.
 
Explorons ensemble les causes et les solutions de l’envahissement des sous-bois par les plantes exotiques envahissantes couvre-sols horticoles.
 
Les principaux suspects
L’égopode podagraire (Aegopodium podagraria), le lamiers jaune (Lamium galeobdolon) et pourpre (Lamium purpureum), la petite pervenche (Vinca minor) et l’alliaire officinale (Alliaria petiolata) sont les espèces les plus communes qui envahissent les boisés. D’autres espèces, moins agressives, sont néanmoins envahissantes : le lysimaque nummulaire (Lysimachia nummularia), les pulmonaires (Pulmonaria spp.), le pachyssandre du Japon (Pachysandra terminalis) et la bugle rampante (Ajuga reptans).
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En ordre : alliaire officinale, égopode podagraire, lamier jaune, petite pervenche.
Les sources d’invasions
Rares sont les sous-bois envahis loin des habitations. Les espèces mentionnées ci-dessus sont utilisées dans les aménagements paysagers (à l’exception de l’alliaire officinale, qui vient plutôt du potager). Trois comportements fréquents favorisent l’expansion de ces espèces dans un milieu naturel :
  1. La plate-bande ombragée à l’orée du bois : Ceux et celles qui souhaitent établir un aménagement de plantes en bordure de forêt rencontrent un obstacle : l’ombre des arbres. Celle-ci peut être si forte que seules les plantes tolérantes à l’absence de lumière survivront, c’est alors que sont recommandées par les centres de jardins des espèces comme celles nommées ci-dessus. Or, sans barrière limitant leur expansion, celles-ci peuvent continuer de se propager dans les forêts avoisinantes.
  2. L’aménagement paysager dans la forêt : Idem au premier comportement, certain(e)s propriétaires de boisés aménagent des sentiers dans la forêt et, plutôt que de se familiariser avec les espèces qui habitent déjà cet espace, ils/elles plantent des espèces exotiques issues de l’horticulture pour « embellir » les bords de sentiers. Les espèces forestières du Québec, peut-être moins bien connues, sont pourtant resplendissantes et varient au fil des saisons; elles sont les mieux adaptées et représentent l’écosystème forestier local.
  3. Les « déchets » horticoles : Probablement la plus insidieuse forme d’envahissement, car rien ne laisserait croire qu’une plante arrachée ou un morceau de tige pourrait reprendre racine… encore moins envahir le sous-bois! Hélas, il suffit de jeter une petite pile de retailles de matière végétale provenant des plates-bandes dans le bois et certaines espèces en profiteront pour récupérer avant de coloniser leur nouveau milieu. On se dit que ce sont des plantes et que la matière organique se décomposera et deviendra un compost naturel, mais plusieurs espèces dans cet article ont une résilience impressionnante et ont l’habileté de se réenraciner et de former une nouvelle colonie à partir de peu de biomasse.
 
Quelles solutions alors?
Maintenant que l’on connait la provenance des envahisseurs, comment fait-on pour éviter que ça ne se produise chez soi?
 
D’abord, éviter : c’est ce principe qui coûte le moins en termes d’efforts, de temps et d’argent. On peut apprendre à apprécier les espèces sauvages qui habitent nos terrains ou choisir des espèces de plantes indigènes appropriées au contexte local dans lequel elles s’insèrent et ainsi participer à la biodiversité avec nos aménagements. Ces plantes serviront à plaire à nos sens, mais aussi de refuge et de source d’alimentation pour la faune qui dépend des écosystèmes d’ici. Rappelons-nous que la chaîne alimentaire et les habitats naturels sont comme une toile dans laquelle sont interreliées les espèces et leur environnement; elles dépendent les unes des autres pour leur santé et leur bien-être.
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En ordre : maïanthème du Canada (accompagné d'oxalide indigène), anémone du Canada, asaret du Canada, cornouiller quatre-temps (ou cornouiller du Canada),
Ensuite, restaurer : s’il est trop tard et que notre aménagement paysager a déjà débordé dans le milieu naturel adjacent, l’idéal est de prendre les choses en main et de réparer les dégâts du mieux que l’on peut. La plupart des espèces exotiques envahissantes présentées peuvent être retirées à la main, ou à l’aide d’outils de désherbage. C’est un travail de patience, mais c’est mieux que de ne rien faire du tout. Retirer les plantes exotiques envahissantes laisse le sol perturbé, alors vaut toujours mieux planter des espèces indigènes qui servent de remplacement à celles que l’on a retirées. Recouvrir le sol à nu de paillis de BRF (bois raméal fragmenté ou copeaux de bois) naturel ou de feuilles mortes (s’il nous en reste de l’automne), le protège de l’érosion et de l’assèchement.
 
Les défis du contrôle et du suivi des plantes exotiques envahissantes
Quand on parle de retirer les plantes exotiques envahissantes, on utilise souvent le mot « lutte », impliquant un effort; mais pas toujours physique. Les espèces de plantes présentées ici sont championnes de la survie, elles tolèrent des conditions de croissance difficiles et possèdent des capacités de régénération exceptionnelles qui leur permettent de rebondir d’attaques répétées! C’est une de nos expertises et nous sommes outillés pour vous conseiller pour des actions qui mettent les chances de succès de notre côté!
 
La persistance et la connaissance des stratégies de survie des plantes exotiques envahissantes sont les clefs pour une lutte victorieuse!
  • Égopode podagraire : Cette espèce a des stolons (tiges) souterrains fragiles, un nouveau plant peut repousser à partir d’un fragment de stolon oublié dans le sol. L’astuce : suivre les stolons (ils ressemblent à des spaghettis) avec un petit outil de jardinage à partir de la base des plants et les déterrer.
  • Alliaire officinale : Repérez les plants lorsqu’ils sont en fleurs (fleurs blanches), retirez la racine complète (elle est en forme de « L » et peut être cassante). Un fragment de racine peut produire un nouveau plant la même année! Les retirer avant la fin de la floraison assure que la plante ne produit pas de graines. Une banque de graine persiste plusieurs années dans le sol; une opération répétée annuellement en viendra à bout!
  • Lamiers (jaune, pourpre), petite pervenche : Ces trois espèces couvrent le sol à l’aide de stolons (tiges rampantes) aériens qui s’enracinent lorsqu’ils touchent le sol. Retirer les « nœuds » aux points d’enracinement des stolons évite la régénération à partir de ces endroits.
 
La biomasse que l’on retire devrait être mise dans un sac à ordures robustes et envoyé à l’enfouissement (déchets domestiques), évitant ainsi que de nouvelles colonies naissent de nos efforts de notre lutte.

Toutes les opérations d’arrachage devraient faire l’objet de suivis périodiques (idéalement quelques semaines ou mois plus tard). Une fois par année, minimalement, on devrait retourner au site de contrôle et tenter de repérer et retirer les repousses, pour enrayer la reprise de la colonie.
 
En tout temps, recouvrir le sol (éviter de le laisser à nu) avec des feuilles d’automne ou du paillis BRF) et restaurer à l’aide de plantes indigènes qui reflètent les écosystèmes locaux consiste en une stratégie gagnante pour aider à la « guérison » d’un secteur envahi contrôlé. Avec de la chance, la faune aidera aussi à restaurer les lieux; les écureuils, les tamias et les geais sont des planteurs d’arbres entreprenants!
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Notre équipe de restauration des milieux naturels qui procède à l'arrachage de l'alliaire officinale.
Nos partenaires de projets
Les municipalités sont particulièrement sensibles aux problèmes liés aux plantes exotiques envahissantes, puisque l’envahissement d’espaces publics peut représenter des enjeux de sécurité ou avoir des impacts économiques.
 
Nous tenons à remercier la Ville de Bromont (partenaire depuis au moins cinq ans) et la Ville de Granby (partenaire depuis plus de dix ans), qui nous ont demandé de dresser un portrait des plantes exotiques envahissantes sur leur territoire et de concevoir des plans de gestion des colonies prioritaires sur des lots municipaux.
 
« Je fais ma part »
Si vous souhaitez agir chez vous, assurez-vous de le faire avec les meilleures connaissances. N’hésitez pas à nous contacter pour obtenir de l’information complémentaire ou pour vous aider à apprendre à identifier et différencier les plantes exotiques envahissantes des plantes indigènes à notre région.
Contacter l’équipe de restauration des milieux naturels de la Fondation SÉTHY
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Sources :
  • Adapté d’un article par Frédéric Coursol. (2010, 13 octobre 2010). Plante indigène, exotique, naturalisée ou envahissante? Espace pour la vie.
  • Ryan Godfrey. (2022, 1er juin 2022). Jardiner pour la biodiversité en six étapes faciles. WWF.
  • Fédération canadienne de la faune. (2026). Comment jardiner pour la faune.
  • Claude Lavoie. (2019). 50 plantes envahissantes : protéger la nature et l’agriculture. Les publications du Québec.
  • Claude Lavoie. (2022). 40 autres plantes exotiques envahissantes : protéger la nature aujourd’hui et demain. Les publications du Québec.

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